Les solutions

Quelles solutions pour quel problème ?

Notre étude met en exergue un consensus sur la trop forte consommation des médicaments en France, et une facilité à prescrire en ce qui concerne les médicaments psychotropes. Ceci est cohérent avec les résultats de l’étude écotoxicologique menée en parallèle. En effet, le résultat principal de cette étude démontre la présence de molécules psychotropes dans les milieux aquatiques à proximité d’un hôpital psychiatrique.

La présence attestée de résidus de médicaments psychotropes dans nos rivières peut-elle être qualifiée de pollution ? Dans l’attente d’autres études et d’une prise de conscience du problème de la part de la société, intéressons nous maintenant aux solutions qui permettraient de réduire les résidus médicamenteux dans les milieux aquatiques.

Pour diminuer ce type de pollution, il semble nécessaire de la réduire à la base, ici de réduire la consommation de psychotropes, tout en améliorant le traitement de l’eau.

Notre étude montre une non-connaissance du fonctionnement d’une station d’épuration, (50% des personnes interrogées), ainsi qu’une difficulté à identifier les résidus présents dans l’eau après traitement en STEP. En effet les individus, bien que conscients qu’il reste des substances après traitement, ne savent pas lesquelles.

Les solutions en amont : « les médecines alternatives »

Dans cette partie nous nous concentrerons sur les médecines dites alternatives, car elles sont souvent ressorties dans notre étude comme une solution au problème de la surconsommation de médicaments et plus spécialement de psychotropes.

Mais alors, qu’est-ce qu’une médecine alternative ? Tout d’abord, une médecine est une science qui s’intéresse au rétablissement de la santé et à la prévention des maladies. La différence principale entre les médecines alternatives et la médecine dite conventionnelle est le rapport avec le corps. La médecine conventionnelle fonctionne de façon sectorielle, ne traitant qu’une partie du corps à la fois.

Au contraire les médecines alternatives traitent le corps dans sa globalité et ont donc un rapport différent avec le patient, la prise en compte du psychique et de la personne elle-même est primordiale. Du point de vue de ces médecines alternatives, le corps et l’esprit sont liés. Quelques exemples de médecines alternatives :

Acupuncture : Cette méthode appartient à la médecine chinoise qui se base sur l’harmonie de l’énergie corporelle. Le flux de cette énergie, aussi appelé le « qi », circule dans le corps à travers un réseau de voies nommé les “ méridiens ”. L’acupuncture consiste à régulariser ce flux d’énergie à travers la stimulation de points spécifique placé sur ces méridiens à l’aide d’aiguilles.

Phytothérapie : Cette médecine qui signifie littéralement « soigner par les plantes » se dispense selon trois approches liées et complémentaires.

OOOO-l’approche symptomatique : Elle peut s’apparenter à la médecine conventionnelle, car elle consiste à prescrire une plante pour un symptôme.

OOOO-l’approche de drainage : L’objectif est de drainer les toxines du corps à l’aide de plantes.

OOOO-l’approche de terrain : Ici, il s’agit d’un traitement beaucoup plus profond, en prenant en compte les causes profondes de la maladie (héritage génétique ou mode de vie), dans le but d’un rétablissement durable toujours basé sur une connaissance des plantes médicinales.

Homéopathie : Cette médecine se base sur la loi de la similitude et de la dose infinitésimale (infiniment petite). Plus précisément cela consiste à administrer une dose très faible d’une substance qui produirait les mêmes symptômes que la maladie si elle était administrée en dose plus forte. Pourtant, en dose infinitésimale, cette substance va guérir le patient.

Naturopathie : Cette médecine cherche à améliorer la santé et à prévenir les maladies par la mise en place d’un nouveau mode de vie, passant alors par des changements d’habitudes. Elle va désintoxiquer le corps et le revitaliser en s’appuyant sur l’état émotionnel, l’activité physique, l’alimentation et l’environnement du patient.

Au cours de notre étude, de nombreuses autres médecines alternatives ont pu être citées telles que la balnéothérapie, la luminothérapie ou encore la musicothérapie. Notons que ces techniques ont été mentionnées dans l’objectif d’améliorer les conditions de vie et l’état des patients en hôpital psychiatrique ou maison de retraite.

Le terme de méthode alternative a été très présent au cours de notre étude. Cependant, il s’agit de le prendre avec précaution, car il peut désigner une grande diversité de pratiques. Par exemple une responsable qualité relation patient/médecin dans un hôpital psychiatrique a préconisé la contention comme méthode alternative aux psychotropes. D’autres nous ont parlé d’une technique basée sur les chocs électriques pour guérir de la dépression nerveuse.

La nécessité d’un changement de pratique ?

Dans notre étude, il est fortement ressorti que la baisse de la consommation de psychotrope doit passer par un changement des pratiques médicales elles-mêmes. Une grande majorité des personnes interrogées parlaient de méthodes occupationnelles et relationnelles plus que de réelles médecines alternatives (exemple : stimulation de la mémoire, accompagnement des patients, la cuisine…).

Ces méthodes occupationnelles sembleraient efficace chez de nombreuses personnes agées. À la différence des médecines alternatives présentées précédemment, ces méthodes se pratiquent au quotidien et ne nécessitent pas l’intervention d’un spécialiste.

Les personnes interrogées préconisent également un changement des modes de prescription ou encore le développement de nouvelles molécules.

Au final, quelle que soit la méthode que l’on choisit, elle semble devoir s’inscrire dans un mouvement plus global de modification des pratiques médicales. Le rapport médecin-patient, fondé sur la confiance et la sacralisation de la médecine devrait changer.

Les solutions en aval : une nouvelle manière de traiter l’eau

Les solutions techniques du traitement de l’eau sont une autre voie qui permettrait la réduction et peut-être l’élimination totale des résidus médicamenteux dans l’eau. Cela passe notamment par une amélioration de l’efficacité des STEP. Pour parler des traitements de l’eau innovants, il nous faut en premier lieu rappeler comment fonctionne une station d’épuration classique.

Après le prélèvement et le traitement de l’eau afin de la rendre potable, celle-ci est consommée et rejetée par les divers usagers. Lors de son traitement en station d’épuration, elle passe par cinq étapes :

  1. Le dégrillage consiste à passer les eaux usées dans un tamis afin d’en retirer les déchets solides les plus importants.
  2. L’eau est acheminée vers un bassin ou on la laisse décanter, c’est-à-dire que les sables, les graviers, se déposeront au fond, car ils sont plus lourds que l’eau.
  3. Le déshuilage consiste également en une décantation, sauf qu’ici les graisses flottent au-dessus de l’eau.
  4. Cette partie du traitement consiste à laisser faire des bactéries qui transformeront les impuretés en boues.
  5. Enfin, la clarification consiste à séparer les boues et autres matières organiques de l’eau.

Chacune de ces étapes permet d’enlever des substances. Or, nous savons que les médicaments ne sont pas tous éliminés par les stations d’épuration, le processus de traitement biologique basé sur le processus de nitrification ne permet pas de traiter  certaines molécules médicamenteuses. De nouvelles recherches sont nécessaires pour adapter les stations d’épuration à ce nouveau type de polluants.

Plus d’informations sur le fonctionnement d’une station d’épuration :

Quelles techniques de traitement pour pallier ce problème ?

Au cours de notre étude, nous avons recueillis plusieurs propositions concernant l’innovation dans le domaine du traitement de l’eau :

  • L’amélioration des systèmes d’évacuation et de filtration des eaux usées

  • Le développement de nouveaux modes de traitement de l’eau

De même, de récentes innovations dans le domaine du traitement de l’eau semblent encourageantes :

  1. Les bioréacteurs à membranes : La solution qui semble la plus prometteuse aujourd’hui. En savoir plus sur ce procédé.

  1. L’ozonation : Cette technique consiste à réduire les concentrations de micro-polluants (comme les résidus de médicaments) par l’utilisation de l’ozone couplée avec une filtration au charbon actif. Le coût du processus est assez élevé. Plus d’informations ici

Quelle(s) solution(s) choisir ?

Les diverses solutions présentées doivent s’insérer dans une démarche plus globale de réduction de la consommation de médicaments, de changements des pratiques et des représentations de la société dans son ensemble. Privilégier les solutions techniques nous semble peu en accord avec les principes du développement durable, qui eux, mettent également l’accent sur l’humain.

Au contraire, utiliser des méthodes alternatives en amont du problème pose le problème de leur adéquation. Une thérapie peut très bien fonctionner pour un patient et aggraver les effets sur un autre.

Le débat reste ouvert sur la meilleure façon de réduire la présence de résidus médicamenteux dans les milieux aquatiques.

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